L’importance du petit déjeuner

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7 janvier 2020

Sabine Pons Bredard
diététicienne-nutritionniste

Sabine Pons Bredard, vous êtes diététicienne-nutritionniste. Selon vous, est-il indispensable de prendre un petit déjeuner ?

Sabine Pons Bredard: L’objectif d’une alimentation équilibrée est de répondre aux besoins du corps au moment où ils se présentent. Or, le jeûne nocturne épuise les ressources du dîner. Sauter le petit déjeuner équivaut donc à commencer la journée sans énergie. Afin de prévenir ce déficit, l’organisme aura ensuite tendance à fabriquer et stocker du gras pour faire face à ces manques ponctuels…

Pourtant, certaines personnes n’ont pas faim au réveil. Il convient alors de se poser la question : ai-je trop mangé hier soir ? Suis-je si pressé(e) le matin que mon corps n’a même pas le temps de réaliser qu’il a faim ? Ce sont ces questions qu’il est bon d’étudier plutôt que remettre en cause l’utilité du petit déjeuner.

À quel moment prendre un véritable petit déjeuner ?

Sabine Pons Bredard: Il s’agit d’écouter son corps et sa faim. Par exemple, il est possible de décaler ce premier repas pour le programmer en arrivant au travail. Attention cependant à conserver un écart minimum de 3 heures avec le déjeuner. L’intervalle idéal entre 2 prises alimentaires est de 5h afin d’apporter de l’énergie en continu à l’organisme, 6 heures au maximum.

Quels sont les besoins du corps pour commencer la journée ?

Sabine Pons Bredard: Sa priorité : recevoir de l’énergie à travers les féculents. Le plus souvent, les Français mangent du pain et c’est très bien. Si vous l’aimez brun, c’est encore mieux, car il fournit des fibres et des minéraux en plus.

Ensuite, pour fabriquer et conserver la masse musculaire, les protéines sont essentielles. Selon les goûts, ce peut être des produits laitiers, intéressants, car ils offrent le calcium nécessaire à l’entretien du squelette. Jambon, œufs, poulet, yaourt au soja… répondent aussi à ce besoin.

Le fruit frais apporte la ration de vitamines et de minéraux indispensable à une bonne alimentation. Il peut éventuellement être remplacé par une compote ou un jus en quantité équivalente à celle d’un fruit pressé, soit un demi-verre.

Il reste à hydrater le corps avec de l’eau, tisane, thé ou café sans oublier de se faire plaisir avec une touche de confiture, de miel, de beurre… selon ses envies.

Ces besoins sont-ils les mêmes pour tous ?

Sabine Pons Bredard: Non, comme dans le conte de Boucle d’or, chacun son bol ! Pour le déterminer, il s’agit d’être attentif aux signaux corporels et, notamment, le rassasiement. Ce message voyage lentement jusqu’au cerveau, il est donc préférable de manger tout aussi lentement et d’observer sur plusieurs jours ses réactions après le petit déjeuner afin de trouver la quantité adaptée à sa morphologie et à son activité.

Certains grands principes sont également à prendre en compte.

Enfants et adolescents ont un besoin très important de protéines afin de développer leur masse musculaire.

Ensuite, celle-ci s’use et est réparée quotidiennement. Mais la capacité du corps à fabriquer le muscle chute vers 35-40 ans et s’effondre vers 80 ans. Il devient alors difficile de rattraper d’un coup une faiblesse musculaire installée. Mieux vaut entretenir sa vigueur avec une alimentation suffisamment riche en protéines tout au long de la vie.

Certaines périodes sont aussi très gourmandes en protéines : lors de la grossesse et l’allaitement, en cas de maladies ou au sortir d’une opération (afin de faciliter la cicatrisation).

Le calcium est également indispensable. Particulièrement pour les enfants et adolescents, car ils construisent leur squelette jusqu’à environ 20 ans. Ensuite, la densité osseuse à tendance à décroître. Cette baisse s’accélère chez la femme ménopausée (la perte en calcium est 10 fois plus rapide) et l’homme à partir de 60 ans.

Quels aliments éviter dans tous les cas et pourquoi ?

Sabine Pons Bredard: Interdire un ou des aliments n’a pas de sens. Le corps a ses besoins, la tête aussi et les deux sont légitimes. Le nier peut créer de la frustration et des consommations immodérées. Je conseille à mes patients de repérer les mets qui répondent aux besoins de leur corps et ceux qu’ils s’octroient par plaisir. Ensuite, ils apprennent à manger ces produits plaisir de temps en temps et/ou en quantité adaptée à leur morphologie et leur mode de vie. Car se nourrir est aussi une affaire de plaisir, une notion culturelle et familiale. Alors ok pour le croissant du dimanche matin ou un muesli croustillant aux pépites de chocolat parfois…